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Défi d’écriture #4 – L’image spirituelle

Les poèmes nous parlent alors que rien d’autres ne le peut.

La poésie nous aide à ressentir nos vies plutôt qu’à être dans un état d’engourdissement.

-John Fox

( Libre traduction, Fortier, 2021 )

La poésie est une compagne qui peut nous aider à traverser les plus horribles et les plus sombres des tempêtes, comme elle peut immortaliser les plus beaux et les plus doux moments du quotidien. Elle peut verser dans la simplicité ou dans la complexité des métaphores. Fox écrit : « Le poème est une voix qui te donne la certitude que tu n’es pas seul » lorsque tu ressens « le besoin d’être entendu, reconnu. » (Fox, 1997, p. 5)

Spiritualité – Une définition pour ce défi

Pour ce défi, lorsque l’on parle de « spiritualité », on parle de relation que l’on a avec soi-même et/ou avec le mystère universel, peu importe le nom que vous lui donner. Fox explique que le caractère sacré se retrouve dans plusieurs comportements ; la pratique d’une forme quelconque de méditation, éprouver de la compassion pour le monde, vouloir vivre de manière simple et authentique, aider sa famille, soi-même et les autres à grandir, s’éveiller à l’environnement qui nous entoure, etc. Donc, la spiritualité est un concept très large et Fox est convaincu que la poésie peut aider à exprimer cela, en plus de favoriser la connexion avec soi. Bref, c’est parti!

L’image spirituelle – L’exemple de Mary Tallmountain

À Nulato en Alaska est née, en 1918, une petite fille prénommée Mary Tallmountain. À l’âge de six ans, des missionnaires l’arrachent à sa famille et à son clan, car une épidémie de tuberculose décime son peuple Athabascan. Forcée de renier ses racines, elle perd son sentiment d’appartenance. Elle ressentira cette perte de manière douloureuse. C’est pourquoi plusieurs de ses poèmes parlent de retrouver ses racines et de retourner chez soi ; « home ».

Tallmountain, trad. libre Fortier, 2021

Tallmountain n’a pas choisi le flocon de neige parce qu’il est éphémère ni même pour illustrer la froideur de l’Alaska, mais parce que chaque flocon est unique comme l’est chaque humain. De plus, lorsque ceux-ci sont joints, ils s’unissent… telle la famille, la communauté, l’humanité ; l’unicité. Le chemin que parcourt le flocon jusqu’au sol, jusqu’au sien illustre son désir de retourner chez elle, vers ses racines afin de ne faire qu’un avec elles. Il s’agit là d’une image simple et universelle.

***notez que la poétesse a utilisé le terme Mère Yukon car son village natal est près du fleuve Yukon et est situé dans la région de recensement de Yukon-Koyukuk.***

Étape un – L’image, l’illustration ou autres symboles

Tu dois maintenant trouver une image, un symbole, une illustration ou autre qui te touche particulièrement au niveau des inspirations qui t’habite, des besoins que tu ressens et de ce qui représente le sacré ainsi que ton identité. N’importe quelle image, tant qu’elle te parle. Seras-tu un flocon de neige comme Tallmountain ? Un Vaisseau d’or comme Nelligan ? Le cheval rouge de Prévert ? La corneille de Miron ? À toi de voir !

Je te suggère unsplash comme outil de recherche.

Étape deux – Choisir les mots, les métaphores

Maintenant, tu dois faire une liste de mot en association libre (voir exemple ci-bas). Tu crées ainsi ta banque de mots pour l’étape trois qui est le poème. Donc, ne te limite pas, écris tout ce qui te passe par la tête. Il arrive parfois que l’on ait l’impression que cela ne cadre pas avec l’image ou le sentiment que l’on veut exploiter, mais que le sens se dévoile lors de la rédaction finale. Enfin, laisse-toi cinq à dix minutes pour les trouver !

Étape trois – La composition d’un poème

Je vous propose de la prose libre ; pas de césure, nul besoin de le scander, de faire des rimes. Ce que je dis à mes participants, c’est de couper le vers là où ils trouvent logique de le faire, là où ils veulent mettre une emphase.

L’exemple

© Les Écritournures, Rachel Fortier, 2021

Voilà, tu as dorénavant une méthode qui t’aide à créer des métaphores et des analogies de manière simple, afin de t’aider à explorer le monde merveilleux qui t’habite! N’oublie pas, tu peux envoyer ta création au courriel suivant et recevoir une rétroaction : ecritournures@gmail.com !

Merci beaucoup ! Et amuse-toi !

Source :

Fox, J. Poetic Medicine. New York : Penguin Books, 1997, 303 p.

John Fox est un psychothérapeute certifié en poésie thérapeutique, une forme de thérapie expressive fondée sur l’utilisation de la poésie, des métaphores, d’analogies, de paroles de chanson et d’histoires afin de faciliter la croissance, la guérison et la connaissance de soi. Ce défi est basé sur un des exercices que l’on retrouve dans son très inspirant livre : Poetic Medicine ; The Healing Art of Poem-Making (1997).

NELLIGAN, É. Poésies complètes (1896-1899), Montréal : Fides, 1952, p. 44

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Défi d’écriture #3

Capturer le moment éphémère.

Parfois, il ne suffit que de quelques mots pour révéler l’éphémère, quelques syllabes pour le rendre éternel. Les Japonais le savaient très bien en pratiquant l’art du Haïku au XVIe siècle. Ces petits poèmes reflètent une idée, une image ou un sentiment croqué sur le vif, comme une photographie polaroid. La forme originale contient dix-sept syllabes sur trois vers de 5 / 7 / 5, le tout sans rime. De plus, les haïku de l’époque évoquent les saisons de manière implicite ou explicite (voir la diapo ci-bas pour consulter des exemples).

L’un des poètes les plus connus est Bashō Matsuo (1644-1694), père du « pèlerinage poétique » où il mélange prose et haïku tout au long de ses escapades. Clairement passionné des captures poétiques, Bashō parcourt les routes en observant et s’émerveillant des différents lieux qu’il visite. Pour le poète, la route qu’il parcourt est une allégorie de la vie ; plein d’obstacles, mais magnifique.

Aujourd’hui, le défi que je te propose c’est évidemment d’en composer quelques-uns en t’inspirant de ces photographies (voir diapo). Les deux premières, tu essaies de suivre les règles des premiers haïkus, ensuite tu peux expérimenter à la manière contemporaine !

La version contemporaine n’est pas nécessairement en lien avec la nature et bien qu’elle soit en général sur trois vers sans rime, elle ne respecte pas obligatoirement le 5 / 7 / 5.

Pour t’aider en cas de panne d’inspiration, tu peux observer les lignes, les jeux d’ombres et de lumières, les détails, les couleurs, les formes. Ensuite, poses-toi les questions suivantes :

Il est intéressant de constater la profondeur que certains haïkus peuvent refléter, les différentes couches de perceptions qu’ils recèlent, en si peu de mots. Cet exercice permet de prendre le temps de réfléchir aux mots que nous allons utiliser, où nous allons les placer, et même, comment nous allons les prononcer. Il s’agit d’un travail d’observation, mais également d’introspection.

Les haïkus se rapprochent grandement d’un devoir que je donne à mes étudiants, car pour que notre écriture soit authentique nous devons nous doter d’un sens de l’observation. Ces étudiants doivent donc noter en quelques phrases ce qu’ils observent autour d’eux à chaque jour.

Certaines créations de mes participants :

Bonne création !!

N’oublie pas, tu peux faire parvenir tes créations au courriel suivant : ecritournures@gmail.com afin de partager ceux-ci avec une communauté d’Écritournures ! Tu peux également recevoir une rétroaction!

Sources:

Cuddon, J. Dictionary of literary terms & literary theory. London : Penguin Books, 2013, p.323

Senk, P. L’effet Haïku. Montréal : Éditions Le jour, 2017, pp. 75-84

Fox, J. Poetic Medicine. New York : Penguin Books, 1997, p.10

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Défi d’écriture #2

Ah la liberté… un mot qui présentement prend tout son sens et qui interpelle la plupart de mes participants. Depuis le confinement, ou l’arrêt global, de mars 2020 on constate que ce que l’on croyait acquis ne l’était pas forcément. En somme, cette dernière année a parfois été vécue difficilement ; bouleversements de notre quotidien, craintes, incertitudes, tensions politiques, isolement involontaire, etc.

On pourrait s’entendre ou arguer bien longtemps sur la notion de liberté. Cependant l’objectif de cet atelier n’est pas le débat politique, mais le débat interne qui nous accapare lorsque l’on vit une situation comme celle qui domine présentement la planète ; Quoi croire ou ne pas croire ? Quoi faire ou ne pas faire ? Que dire ou ne pas dire ?

C’est pourquoi j’ai appelé cet atelier La cartographie de la liberté. Pour ramener ça à un niveau individuel, et percevoir la situation sous cet angle intime, je t’offre ces trois défis. Habituellement, ils sont offerts en présentiel (sur le blogue j’offre seulement le challenge principal). Tu es prêt ??? On débute!

Premièrement, question de s’échauffer un peu, on va créer une mappe mentale. Et, pour cela, tu as besoin de crayons de couleurs et d’une feuille non lignée. La mappe mentale permet un constat visuel de la situation immédiate. Elle la rend globale et concrète, donc malléable. C’est une bonne façon également d’organiser nos pensées, de faire le tri et de trouver des solutions à des problèmes. 

Étape de la cartographie (ou diagramme en bulles)

*si tu n’es pas à l’aise avec ces concepts (comme ça été mon cas pendant longtemps), tu peux également faire de bonnes vieilles colonnes, c’est tout aussi efficace !

1. Au centre de ta feuille, tu inscris le mot clé « Liberté ».

2. Ensuite, tu sépares ta feuille en deux sections en traçant une ligne au centre de celle-ci (verticale ou horizontale, à toi de décider).

3. Puis, donne-toi 20 minutes pour écrire d’un côté tout ce qui te vient à l’esprit concernant le manque de liberté ; les émotions, les mots, les actions, les raisons et les causes, les relations… des idées secondaires en quelque sorte. De l’autre côté, tu écris tous les aspects positifs de posséder la liberté; peu importe comment tu perçois cette notion. Il faut écrire tes idées de manières très concises… pas de phrases complètes, pas tout de suite!

Tu peux faire des traits, des bulles, des nuages, tels que représentés sur ces exemples :

Maintenant que ta mappe est faite, prends quelques minutes pour observer le résultat. L’exercice qui suit va te permettre de relativiser certaines choses, et non pas te culpabiliser.

L’étape de la responsabilité

Il n’est pas toujours aisé de trouver des solutions, lorsque l’on vit une nouvelle situation. Julia Cameron parle de « responsabilité », donc Qu’est-ce qui t’appartient ? Que peux-tu contrôler? Qu’est-ce que tu peux changer ?

La première étape consiste à faire une liste de cinq problèmes qui se retrouvent dans ta liste de négatifs, de les associer à un aspect de l’autre liste. Pour ce faire, demande-toi à quoi est-ce relié ? Quelle priorité cela représente ?

Ensuite, essaie de trouver une potentielle solution. En fait, les aspects négatifs sont souvent un besoin baffoué, par exemple, j’ai choisi « frustration », quel besoin n’est pas comblé? Celui de la liberté d’aller travailer/étudier dans un café (qui se retrouve dans ma liste d’aspects positifs). Donc, ma solution est : de me préparer un café le matin, d’aller sur le site internet de noisli, choisir une ambiance café/pluie/tonnerre.

Prends 10 à 15 minutes pour trouver des problèmes/solutions, autant que tu le peux.

Totalement libre

Le troisième défi est très facile! Prends le temps que tu veux pour écrire un texte avec la structure et la forme que tu souhaites ; un éloge à la liberté, un manifesto, un poème, une énumération, une liste de phrases, une histoire, une réflexion, etc.

Donc, voilà! Tu as cartographié la liberté, tu as observé le côté sombre du manque de liberté, et le côté lumineux de posséder la liberté. Tu as découvert (peut-être) une technique pour trouver des solutions concrètes lorsque tu traverses une période compliquée. J’espère que tu t’es amusé et que ce moment t’a permis de créer!

Tu peux faire parvenir ta création au courriel suivant : ecritournures@gmail.com !

Sources :

Diagramme en bulles : Jobin, Anne-Marie. Le journal créatif. Montréal, QC : Éditions du Roseau, 2002, p.75-149

Responsabilité : Cameron, Julia. La Veine d’Or. Montréal, QC : Éditions du Roseau, 1999, p. 353

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Quiz – Quel genre d’auteur es-tu?

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George Orwell – Pourquoi écrire?

Les 4 motivations des auteurs, selon George Orwell                         

©ullstein bild / Getty

L’auteur britannique George Orwell (1903-1950), le père de Big Brother, constate dans son essai Why I write (1946) qu’il existe quatre grandes raisons d’écrire. Tous les écrivains possèdent en eux ces quatre raisons, mais avec une intensité et une propension qui varient de l’un à l’autre. Elles fluctuent également dans le temps, selon différentes étapes de vie. Pour découvrir le motif le plus influent, il faut, sans conteste, jeter un œil au contexte et au milieu dans lesquels l’individu s’est développé.

  1. Par pur égoïsme.

Selon lui, ceux qui prétendent que cette motivation n’existe pas ont tort ou sont dans le déni. Est-ce par envie d’être immortel? Un peu. Orwell écrit que certains auteurs peuvent désirer laisser un legs du passé, d’un héritage ou d’une contribution au monde d’après. Un monde inconnu, dont il aimerait qu’on se souvienne de lui et de son empreinte immortalisée à l’encre de sa plume, son ouvrage intemporel voyageant dans toutes les langues répandant son souvenir… Bref, vous comprenez ?

Dans cette catégorie entre les personnes souhaitant être reconnues par leurs pairs ou la communauté pour leur intelligence ou leur spiritualité, ceux qui veulent qu’on parle d’eux ou bien ceux qui écrivent par vengeance des adultes qui les ont ignorés ou rabroués et ces enfants qui se sont moqués.

Cependant, Orwell souligne que les gens ne sont pas totalement égocentriques. En fait, il affirme qu’après l’âge de trente ans l’individu est davantage altruiste, réduisant ses ambitions personnelles pour se tourner vers celles collectives.

2. L’enthousiaste de la beauté, de l’esthétique.

La beauté est source d’inspiration pour de nombreux auteurs. Cette beauté des mots qui s’enchainent comme des perles sur un collier d’or. La prose et le rythme des écrits, telles des danses lascives ou endiablées. Des mots qui s’enlignent de manière militaire, linéaire entre des marges bien établies… Aaah, oui c’est beau.

3. L’impulsion historique.

Comme Zola, ces auteurs recherchent l’authenticité dans ce qu’ils écrivent. Ils aspirent à reproduire, raconter, expliquer, etc. la vie telle quelle est avec des faits véridiques. Cela permet à la postérité de connaître le contexte social réel d’une époque, des faits historiques tels que vécus par une classe sociale, par exemple.

4. L’objectif politique.

Changer le monde! Entrevoir ses possibilités futures et tenter de le faire diverger dans une direction différente. Critiquer la société, implanter une vision de celle-ci dans l’esprit des lecteurs, afin qu’ils s’évertuent à en construire une à cette image! Les idéaux sont les bienvenues, les révolutionnaires, les penseurs, tous.

Certes, le métier d’écrivain comporte son lot de défis et exige parfois une discipline de fer. Ces propos peuvent sembler rigides, mais ils ne le sont pas. Orwell avoue qu’il y a également un ingrédient secret au romancier ou celui qui s’attaque à l’écriture d’un livre ; le « démon » : « Tous les écrivains sont vaniteux, égoïstes et paresseux, et tout au fond de leurs motifs repose un mystère. Écrire un livre est une horrible, épuisante bataille, telle une longue période d’une maladie douloureuse. Personne n’entreprendrait une telle chose si elle n’était pas poussée par une force démonique à laquelle elle ne peut résister ni comprendre. » (Traduction libre, Fortier, 2021) Rend-t-il l’écriture élitiste? Non, mais le métier? Légèrement (à mon humble avis).

Tous les écrivains écrivent, mais ce ne sont pas tous les écrivains qui sont publiés. Est-ce que vous diriez que Emily Dickson n’était pas une écrivaine de son vivant puisqu’elle n’a jamais été publiée ? Ou bien, est-ce que Herman Melville n’était pas moins auteur quand son roman Moby Dick (1851) fut un flop ? Parfois le chemin est long et tortueux, même celui de Orwell.

Peu importe les raisons, qui nous poussent à écrire, écrivons! L’écriture n’est pas élitiste et possède de nombreux bienfaits. Comme Julia Cameron clame dans ses nombreux ouvrages, particulièrement dans son livre The Right to Write, nous pouvons tous écrire. Nous avons tous une voix qui peut-être s’est éteinte ou a sombré dans l’oubli ; réduite au silence. L’écriture permet d’ordonner sa pensée, de l’analyser, de la modifier, de la gérer. Elle nous ancre, car c’est une forme de méditation efficace. Elle permet, non pas de trouver sa voix, car chacun possède déjà sa propre voix mais bien de l’explorer, de la mettre à jour.

Certains des participants aux ateliers d’écriture Les Écritournures, presque tous, n’avait pas d’expérience particulière dans l’écriture créative, mais ils étaient tous habités par l’envie d’écrire. Certains ont trouvé une voix insoupçonnée, d’autres ont dû relever des défis bien différents de ceux que l’écriture propose ; la gêne, la honte, la vulnérabilité, l’autocensure, etc. Néanmoins, les ateliers sont un processus créatif qui permet de tisser des liens avec d’autres humains, même si en soi l’acte d’écrire est un acte solitaire.

Et vous, pourquoi écrivez-vous ? Quelle raison est prédominante pour vous ?

Lectures suggérées de Orwell : La ferme des animaux et 1984

Source :

CAMERON, Julia. The Right to Write. New York : Penguin Putnam Inc., 1998, 233 p.

ORWELL, George. Why I write. London : Penguin Books, 2005, 120 p.

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Défi d’écriture #1

Pour démarrer cette série de défis, vous avez besoin de papier, d’un crayon, d’une efface et de votre magnifique cerveau! J’ai intitulé cet exercice Les incomplètes, car vous devez compléter les phrases suivantes :

  1. Benjamin avait lu quelque part (…)
  2. J’en aurais long à dire à (…)
  3. La violence dont il a fait preuve (…)
  4. L’espoir est plus fort que (…)
  5. Elle a disparu sans savoir que (…)
  6. Je me suis agenouillée au bord de l’étang (…)
  7. Les garçons se rapprochèrent autour (…)

Vous pouvez choisir le nombre de phrases que vous voulez, mais pour chacune, accordez-vous environ 15 à 20 minutes d’écriture spontanée. Vous pouvez composer plusieurs petits textes ou bien écrire une histoire usant, au fil de sa progression, les différents énoncés. Vous débutez votre composition avec la phrase choisie. Cependant, si vous choisissez d’écrire une histoire, les autres peuvent être insérées dans le texte selon l’inspiration. Laissez les débuts de phrases tels qu’ils sont, car cela vous permet de vous glisser dans la peau d’un personnage ou de plusieurs (point de vue) et ouvre votre esprit à de nouvelles perspectives d’écriture.

La spontanéité est primordiale ; pas d’autocensure, pas de rationalisation, laissez votre imagination, vos émotions, vos pensées, dirigez votre plume. Ne cherchez pas les mots dans le dictionnaire, n’ouvrez pas le Bescherelle. Le poète américain Charles Bukowski a écrit : « Et quand j’écris c’est pour l’amour du mot, la couleur, comme jeter de la peinture sur une toile. […] Et je n’ai pas envie de penser à l’orthographe…» Vous aurez toujours le temps de revenir sur la correction de vos écrits si vous préférez. Surtout, ne vous jugez pas : « Une création n’est qu’une création. » (Bukowski), c’est-à-dire que si vous écrivez sur le suicide, cela ne veut pas dire que vous y songez réellement, que vous êtes désespéré, même chose si vous écrivez sur un acte criminel, cela ne fait pas de vous un criminel ou que vous encouragez ce genre d’acte : « Le droit de la création est le droit d’écrire ce qui existe. » (Bukowski)

Si vous désirez reproduire cet exercice les possibilités sont infinies car vous n’avez qu’à saisir un livre, l’ouvrir au hasard et choisir une phrase parmi celles qui s’offrent à vous. Par exemple, pour ce défi, les phrases sont inspirées de ces sept livres : Hier, j’ai pleuré de Iyanla Vanzant, De synthèse de Karoline Georges, Mémoires d’une enfant manquée de Brigitte Pilote, La géographie du bonheur de Véronique Marcotte, Ru de Kim Thuy, ainsi que Le cercle des poètes disparus de N.H. Kleinbaum.

De plus, il est possible de reprendre ces bouts de phrases dans quelques mois, afin d’effectuer le même exercice. Ainsi, on constate à quel point l’imagination est malléable et diverse. Lorsque nous sommes en groupe, c’est encore plus évident, mais étonnamment, il arrive que les thématiques choisies par les participants soient similaires ou se rejoignent. Par exemple, dans notre cercle d’écriture les thématiques de la survie, du deuil et de la liberté, ont été utilisé dans tous les textes. Pourtant, les phrases étaient inconnues des participants, elles ont été choisies au hasard (chacun des participants donnant un numéro de 1 à 7) et elles étaient données après chaque étape. C’est en partageant nos compositions avec les autres membres que nous nous sommes aperçus de ce qui unissait ceux-ci.

Bref, surtout, amusez-vous! Et vous pouvez faire parvenir aux Écritournures vos créations par courriel à ecritournures@gmail.com

Source : Bukowski, Charles. On Writing.  New York : Linda Lee Bukowski, 2015, pp. 21-135

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Stephen King – trouver des idées

Review: The Outsider by Stephen King — an author breaking the rules |  Culture | The Sunday Times
Copyright: Astrid STAWIARZ/Getty Images

Il va de soi, que les meilleures personnes pour nous aider à apprendre une discipline sont les plus expérimentées, pas nécessairement les meilleures ou les plus populaires. L’écriture est un domaine large, non seulement il existe plusieurs genres, mais les styles, les structures, les méthodes littéraires, les récits varient d’un auteur à l’autre. Les fonctions de l’écriture, ses utilités, ses intentions, sont aussi diversifiées que chaque empreinte digitale l’est. Lorsque l’on débute dans cette aventure qu’est l’écriture, nos couleurs ne sont pas toujours définies et cela est normal. Stephen King écrit, dans son livre Écrire – mémoire d’un métier, que « l’imitation précède la création » (p.30) cela est vrai au niveau du style, mais également au niveau de la méthodologie.

Alors, comment trouver des idées d’histoire, de récit, de péripétie, de dénouement?

Il faut être alerte et posséder une bonne capacité d’observation, car les idées, hasardeuses, volatiles, souvent éphémères, peuvent être difficiles à retenir. Cependant, elles sont partout; dans notre monde intérieur ainsi que tout autour de nous. Le très prolifique romancier Stephen King se fait constamment poser la question: « Où trouvez-vous vos idées? ». Dans le livre cité précédemment, il écrit:

Il n’existe pas de Décharge à Idées, pas de Centre à Histoires, pas d’île des Best-Sellers enterrés. Les bonnes histoires paraissent littéralement jaillir de nulle part, vous tomber dessus du haut d’un ciel vide »

KING, Stephen. Écrire – mémoire d’un métier, Paris, Éditions Albin Michel, 2001, p.41

Les souvenirs

Que ce soit des événements marquants ou banals, des gens qui ont croisé notre route pour quelques instants, pour un fragment de vie ou pour toute une vie entière, les souvenirs sont riches en détail. Floues ou clairs, qu’importe puisque nous pouvons les manier à notre guise afin de créer un tout nouveau récit. De plus, nos souvenirs ne sont jamais totalement véridiques, ils sont simplement la représentation qu’on en fait.

Il peut également s’agir d’émotions, de répliques qu’on nous a dites, des lieux clés, tout est propice à nourrir nos écrits. Dans plusieurs histoires de King, figure un terrain vacant entrecoupé « par une voie de chemin de fer et se terminant par de l’autre côté par un dépôt de ferraille. » Ce lieu apparaît dans It, et certains de ses éléments, spécialement le chemin de fer, se retrouvent dans ses short stories « Le Corps » (Stand by me) et « Cours, Jimmy, Cours… » (Sometimes they come back), entre autres. Même son livre pour enfant Charlie the Choo-choo met en scène un train à l’apparence étrange.

Charlie the Choo-Choo

Copyright: Simon & Schuster

Considérer ce que les autres nous racontent.

Par exemple, King a écrit « Poste de nuit » (Graveyard Shift) en s’inspirant d’une histoire racontée par un collègue. On pourrait aussi déduire que les récits de morts dont sa mère fut témoin ont laissé une forte marque sur l’enfant qu’il était et ont grandement influencé l’auteur.

Alors, prendre ce que quelqu’un nous raconte, de laisser notre imagination nous guider dans la direction qu’elle le souhaite, BAM! Une idée est née.

Le quotidien

Dans une conférence, donnée en 2014 au Lisner Auditorium dans l’État de Washington, King raconte que pendant un déplacement, il dû se rendre à une ferme afin de réparer sa moto qui eut un pépin. Alors qu’il attendait entre celle-ci dans le garage du mécanicien, un énorme Saint-Bernard de 200 livres le dévisage en grognant, les yeux hargneux, s’apprêtent à foncer sur lui, mais il est rapidement contrôler par son maître. C’est Buster qui deviendra Cujo.

Beaucoup plus jeune, alors que sa mère, Nellie, réalise qu’elle n’a pas suffisamment de « timbres verts » pour acheter un cadeau à sa soeur, elle tire la langue à son fils. Celle-ci est devenue verte à cause des timbres, cela lui donne l’idée d’écrire une nouvelle intitulée « Happy Stamps » où un homme photocopie des timbres ad vitam eternam afin que sa maman puisse se procurer une maison.

Donc, prendre un événement et se demander « Et si…?? », est une manière très simple (et amusante à mon avis) d’explorer une panoplie d’idées.

Les films et les livres… mais surtout les livres

Si vous n’avez pas le temps de lire, vous n’avez pas celui d’écrire, ni les instruments pour le faire. C’est aussi simple que ça.

La lecture est au centre de l’activité créatrice d’un écrivain.

KING, Stephen. Écrire – mémoire d’une métier, Paris, Éditions Albin Michel, 2001, p.173

Dans mon propre langage, la lecture est de la nourriture pour l’âme et pour la créativité. Il n’est pas question de plagiat, mais plutôt de contagions. Et comme le précise Stephen King, cela est un auxiliaire indispensable pour l’écrivain.

Lorsqu’il était un préadolescent, Stephen King est tombé dans la marmite du fantastique et de la science-fiction. Pour la première fois en 1958, la télévision fait l’entrée dans son salon. C’est un tout nouveau monde qui s’offre à lui.

« Tout un monde d’aventures vécues par procuration nous arrivant empaquetées en noir et blanc sur un écran de trente-cinq centimètres, sponsorisé par des marques qui ont encore une résonance poétique pour moi aujourd’hui. J’adorais tout.!

KING, Stephen. Écrire – mémoire d’un métier, Paris, Éditions Albin Michel, 2001, p.39

C’est en écoutant un épisode d’une série intitulée Fugitif qu’il eut l’idée pour sa nouvelle « The Night of the Tiger ». En gros, c’est comme marcher dans un champ de fleur et cueillir celles qui nous attirent le plus!

Recyclage de matériel

Cela est une de mes méthodes personnelles préférées. Souvent, je dis à mes participants et mes étudiants que tous écrits sont du matériel à garder précieusement, de ne jamais rien jeter. C’est également le cas pour plusieurs auteurs et le King de l’horreur ne fait pas exception. Par exemple, sa nouvelle « The Night of the Tiger » fut refusé, mais une dizaine d’années plus tard, quelque peu modifiée, elle fut acceptée!

Voilà ce que nous apprend le parcours de Stephen King sur d’où viennent les idées. Il faut donc être alerte et avoir beaucoup d’imagination!

Et toi, tes idées, tu les piges où???

Sources:

KING, Stephen. « Cours, Jimmy, Cours… », Danse macabre, Paris, Éditions Williams-Alta, 1980, pp. 257-300.

KING, Stephen. Écrire – mémoire d’un métier, Paris, Éditions Albin Michel, 2001, 350 p.

KING, Stephen. « Le corps », Différentes saisons, Paris, Éditions Albin Michel, S.A., 1986, pp. 303-452.

KING, Stephen. « Poste de nuit », Danse macabre, Paris, Éditions Williams-Alta, 1980, pp. 86-113.

« Stephen King, His Books, and Their Origins at Lisner Audiotorium », 2014, 1:20:25, Washington, Politics & Prose Bookstore, 2014 [en ligne]

FLOOD, Alisson. « Stephen King pens children’s picture book about train that comes alive », dans The Garden, 2016, [en ligne]

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La différence entre le « diary » et le « journal »

Photo de Jessica Lewis sur Pexels.com

Saviez-vous qu’il y avait une différence entre le « diary » et le « journal »???

Le diary consiste à l’écriture du quotidien, c’est-à-dire qu’une entrée contiendra des informations concrètes telles que « Je suis allé magasiner avec ma soeur. C’était bourré de monde. Je suis entrée chez le marchand dans l’espoir de trouver un nouveau chandail confortable et j’en suis ressortie avec deux livres, deux paires de souliers et un coussin. » C’est la description platonique, presque, sans flafla, de la vie quotidienne. Cette technique permet de mémoriser la vie telle quelle est. L’extrait du livre Walden de Henry David Thoreau en est un bon exemple également :

Le maïs jaune et les navets furent trop tardifs pour produire quelque chose. Mon revenu de la ferme, tout compris, fut de:

23 44

Déductions des dépenses: 14 72 1/2

Reste: 8 71 1/2

THOREAU, Henry David. Walden, Paris, Éditions Gallimard, Folio, 1922, 120 p.

Le diary est souvent utilisé pour des besoins spécifiques : mémoriser ce qu’on a mangé (food diary), suivre l’évolution d’une perte de poids (loss weight diary) ou le progrès d’un entraînement (workout diary), se souvenirs de ses rêves (dream diary, dream log), etc. Il peut donc y avoir une fonction utilitaire pour la personne, comme Thoreau qui fait l’inventaire de sa récolte ou des matériaux utilisés pour construire sa maison, y révéler méthodiquement son expérience de reclus dans les bois. Expérimentale ou de planification, le diary peut renforcer une discipline. Un grand lecteur pourrait écrire tous les livres qu’ils a lu et noter ceux-ci selon son appréciation; pareille à la plateforme Goodreads, et se voir motiver par sa liste qui gonffle.

Tandis que le journal, sera davantage l’écriture d’introspection et d’analyse. Par exemple: « Aujourd’hui, je me sens fâchée. Fâchée, car j’ai l’impression que plus de choses dérapent qu’elles ne fonctionnent. Ça date de quand tout ça? Quelques semaines, quelques jours? Je n’ai pas envie de parler, de dire ce qui me fâche, alors je reste seule avec ma rage. Je crée des toiles laittes pour ne plus ressentir, l’espace d’un instant, le poids des petits malheurs qui finiront bien par passer. » C’est l’analyse des événements emmitouflés d’émotions. Souvent, ces événements sont racontés en ordre chronologique ou antichronologique, donc en démarrant le récit par le moment cathartique.

Ou bien, le journal peut être un recueil de pensées. Martin Gray, dans son livre Le nouveau livre démarre avec un thème et s’ensuit une réflexion personnelle (hypomnemata, sous forme de « journal ») :

RELATION – J’ai entendu parfois certains dire: « J’ai des relations. » D’autres souvent m’ont murmuré, à propos de quelqu’un qui s’avançait: « Cette relation, pour vous, peut être utile à votre Fondation. »Ainsi le mot relation a-t-il été vendu et devenu menue monnaie, il a perdu sa noblesse.

GRAY, Martin. Le nouveau livre, Paris, Éditions Robert Laffont, 1980, 365 p.

Il joint l’action à la pensée. Les événements aux idées, aux émotions, etc. L’individu pourrait y écrire des citations ou des extraits de textes lus et y ajouter ses propres réflexions. Reprenons l’exemple du grand lecteur qui prend en note ses lectures, celui-ci pourrait enrichir son carnet avec des notes personnelles les concernant. Le blogue La Catabase illustre bien cette idée, malgré la forte tenance en commentaires sociaux. Dans son article « Le principal ingrédient et la méthode russe » [2018], le sociologue résume son interprétation du livre et y ajoute ses réflexions et/ou expériences personnelles.

Essentiellement, il s’agit d’un équilibre entre une demande physique (un « challenge ») et l’ennui (le « boredom »). La zone (le « flow channel ») se trouve exactement entre l’ennui et l’importante demande physique. Une trop grande demande produit un état de stress ou d’anxiété dont il peut être difficile de récupérer. Une trop petite demande provoque l’ennui. Voici l’illustration (voir les références) qui représente l’état qui est recherché :

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Ce principe est vrai dans toutes les activités de votre vie. Si je demande à un groupe d’élèves de me parler d’une journée de travail dont ils sont très fiers, ils vont tous relater une variation de la journée suivante : « Une journée difficile pendant laquelle je croyais être incapable de m’en sortir, j’ai soudain trouvé des ressources en moi pour finalement surmonter des épreuves en me sentant vraiment bien ».

LEFEBVRE, Pierre-Philippe. « Le principal ingrédient et la méthode russe » dans La Catabase, 2018.

Cette technique d’écriture peut s’apparenter à l’hypmnemata (exemple de Martin Gray qui se base sur des choses entendues).

Quelle que soit la forme de journal (de voyage, de raison, de vie, etc.), l’écriture permet de se connaître et de connaître nos perceptions sur le monde qui nous entoure. Elle nous mène vers un intérieur qui s’extériorise pour soi et/ou pour les autres, parfois elle devient un examen de conscience. Dennis Palumbo écrit que « c’est seulement en connaissant qui nous sommes et en s’acceptant avec compassion que l’on grandit en tant qu’humain -et écrivain » [traduction libre].

En somme, le diary est une technique concise comprise dans le journal. Alors, rien n’empêche de faire un mélange de ces deux méthodes dans un même cahier, d’appeler un diary un journal. Certains jours sont plus banals que d’autres, il n’est pas nécessaire d’élaborer. Les besoins sont multiples et les méthodes polyvalentes; nul besoin d’avoir des règles strictes. Par exemple, quelqu’un qui utilise le diary pour détailler sa perte de poids peut jumelé cela à des entrées de journal ainsi cela aide l’individu à identifier ses émotions ou ses comportements liés à sa relation avec la nourriture.

Et toi, quelle forme t’attire davantage?

Sources:

CHIDIAC, Nayla, Atelier d’écriture thérapeutique, Paris, Elsevier Masson SAS, 2010, 230 p.

GRAY, Martin. Le nouveau livre, Paris, Éditions Robert Laffont, 1980, 365 p.

LEFEBVRE, Pierre-Philippe. « Le principal ingrédient et la méthode russe » dans La Catabase, 2018. [En Ligne] (La Catabase sur instagram: https://www.instagram.com/lacatabase/)

Palumbo, Dennis. Writing from the inside out, New York, Dennis Palumbo, 2010, 241 p.

THOREAU, Henry David. Walden, Paris, Éditions Gallimard, Folio, 1922, 120 p.